Bulletin poèmique

Poète : métier saisonnier ?
« Ô saisons, ô châteaux » s’exclamait le roi Arthur*… Cet ardennais à la vie dissolue qui a fini trafiquant d’armes en Ethiopie !
A l’heure du « copié-collé », empruntons-lui sans vergogne ce petit vers et lançons-le, solitaire, à l’assaut de la Mode qui nous demande de bien vouloir parler et nous taire sur commande !
« Ô saisons » : un pluriel qui nous invite à ne pas choisir entre toutes les beautés. Mais voici que par décision d’Etat, les poètes sont aujourd’hui priés de ne peupler qu’une seule d’entre elles : le Printemps ! Bien sûr, tout cela part d’une belle intention : « Voici venu l’hiver de votre déplaisir ! » pourrait déclamer Jack*, parodiant le vieux William*…
Et la poésie, soudain décongelée, s’ouvrirait en cent fleurs annonciatrices du retour, tellement prévisible car mille fois annoncé, du Temps du Muguet…
Oui, mais quelle vie fugace « des jonquilles aux derniers lilas » chanterait l’ami Hugues* ! Et quelle mort rapide ! Tonton Georges*, rigolant sous moustache, nous rappellerait que « l’été de la Saint-Martin n’est pas loin du Temps des Cerises ».
Alors, délaissons les tristes oripeaux de la culture gentillette mais néanmoins bureaucratique dont la guillotine à subventions prétend découper le temps précieux (car non-mesurable) de la création poétique !
Appelons Georges* le linguiste à la rescousse pour réveiller tout le monde en deux mots : « Camarade Poète ! » Et tâchons d’écrire la suite : « Camarade Poète, ne te laisse pas enfermer ! L’été te tend les bras, l’automne est un grand peintre et l’hiver t’ouvre l’infini.
Investissons ensemble tous les jours de l’année et déclarons-nous « Assemblée Poétique Permanente » ! En tout temps, en tout lieu, déclarons caduque l’idée même du « jour de ceci », « semaine de cela », « saison de machin », « année de chose » !
Non, la poésie ne se contentera pas de jouer la folle du logis ! Elle ne se laissera pas apprivoiser car elle ressemble à ce loup trop naïf qui court toujours depuis que Jean* le fabuliste lui a fait rencontrer ce chien si attachant, si fataliste, si attaché !
« Ô châteaux » : bel avertissement contre la tentation du mémorial ! Grande inquiétude de voir un jour la poésie embastillée dans les honneurs et la saison, comme une vieille académie qui n’oserait plus rire, plus crier, plus choquer parce qu’elle sent trop sur elle le poids du bronze et des cérémonies.
Camarade poète, toi qui n’as peut-être jamais écrit ni lu de poésie ! Toi qui te contentes d’embellir la vie de ceux que tu aimes, toi qui ne liras peut-être jamais ces lignes, je te dédie ces deux vers du roi Arthur* qui savait bien reconnaître les siens :
« Ô saisons, ô châteaux
Quelle âme est sans défaut
»
Qu’est-ce qu’un poète alors ?

Un imparfait du subversif, c’est tout…

 

* Merci à (dans l’ordre d’apparition) A. Rimbaud, J. Lang, W. Shakespeare, H. Aufray, G. Brassens, G. Mounin, J. de La Fontaine.

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