La chronique médicale du Dr Charbonier

LA SANTE EN DANGER

Qu’ils soient de droite ou de gauche, nos gouvernements se succèdent en répétant inlassablement que nous aurions soit disant le meilleur système de santé du monde. L’affaire du sang contaminé et plus récemment la canicule n’ont pas su calmer leur bel optimisme.

Un fait est certain ; nous gérons très mal les catastrophes sanitaires. En France plusieurs milliers de personnes sont mortes cet été victimes de la canicule ; une incidence très largement supérieure à celle des autres pays voisins touchés par le même phénomène climatique.

Contrairement aux Pays Bas, à la Suisse ou à la Suède c’est aussi dans notre beau pays qu’il est impossible de pouvoir mourir dans la dignité en toute légalité puisque il n’y a toujours pas de loi sur l’euthanasie en dépit des promesses de nos politiciens.

Notre protection sociale est de plus en plus faible, des médicaments ne sont plus remboursés, les listes d’attente s’allongent devant les blocs chirurgicaux et la fameuse médecine à deux vitesses tant redoutée existe déjà. Les européens nous regardent en souriant, car malgré la lourdeur de nos taxes et de nos prélèvements sociaux qui paralysent l’économie et l’emploi, nous payons au prix le plus fort nos soins « gratuits ».

L’espérance de vie augmente, la médecine progresse et coûte de plus en plus cher. Nous vivons plus longtemps mais ne voulons pas travailler davantage ; qui va payer l’addition ?

Personne ne peut nier que la CMU soit un réel progrès social. Par contre, son attribution est trop aléatoire ; j’ai pu moi même le constater à plusieurs reprises. Je me souviens notamment de cette patiente moyennement obèse – sans doute par abus de repas pris aux restos du cœur – qui m’a réglé sa consultation d’anesthésie de chirurgie esthétique pour une lipo aspiration abdominale avec sa carte de CMU ! A côté de ça, faute de moyens, les vrais nécessiteux n’arrivent toujours pas à se faire soigner correctement.

Alors, où est la solution ? Il y a peut être une piste : pourquoi ne pas envisager l’Assurance Maladie comme une véritable assurance ? Une assurance avec une franchise qui ne serait à payer que par les plus favorisés, fixée par exemple à mille Euros par an et par foyer fiscal ? Ce serait là une façon de conserver la gratuité totale des soins pour les plus démunis tout en permettant de continuer à rembourser les pathologies lourdes et coûteuses de n’importe quel français sans tenir compte de ses revenus.

Les restrictions budgétaires touchent aussi le fonctionnement des établissements de soins. Dans la prochaine décennie la fermeture ou la reconversion des petites unités d’hospitalisation est inéluctable. C’est la fin de la médecine de proximité. Les préliminaires en ont été donnés il y a quelque temps avec la fermeture des petites maternités. Nous sommes le pays européen où la mortalité néonatale est la plus importante. Face à ce mauvais chiffre il fallait réagir. Les structures de moins de 400 accouchements par an ont disparu pour renflouer celles qui en faisaient plus de mille. Dans ces grosses maternités on trouve des obstétriciens, des pédiatres, des réanimateurs, et des anesthésistes de garde pouvant intervenir à tout moment pour régler les problèmes aigus de l’urgence. Il en sera certainement de même prochainement pour la chirurgie et la médecine de pointe.

La Recherche française aussi est malade. Son budget annuel ne cesse de fondre comme neige au soleil. Les solidarités nationales – quelquefois détournées – n’arrivent plus à financer le complément. Certains chercheurs du CNRS gagnent à peine le SMIC ! Nos sociétés modernes préfèrent récompenser les chanteurs, les sportifs ou autres saltimbanques ! Pourtant, les cerveaux sont là. C’est une équipe française qui a découvert le virus du SIDA. C’est aussi dans notre pays que les greffes d’organes sont devenues possibles grâce aux progrès réalisés sur la recherche immunitaire. La France a été précurseur en matière de tri thérapie dans le traitement de l’hépatite C. Trop souvent, nos têtes pensantes si précieuses doivent s’exiler et traverser l’Océan pour réaliser leurs projets scientifiques.

Si notre santé est en danger par manque de moyens financiers, elle l’est aussi par manque de moyens humains. Il y a de moins en moins de médecins. Le feu sacré de la vocation a disparu. La pénibilité du travail, les gardes de nuit, le manque de reconnaissance sociale et la lourdeur des procès font fuir les chirurgiens, les obstétriciens, les médecins anesthésistes et les médecins de campagne. Ils sont devenus les derniers dinosaures d’une société où l’effort était reconnu et récompensé ; la météorite s’appelle « Dame Loisir ». Aujourd’hui, les médecins préfèrent dormir la nuit, passer leur week end en famille, jouer au golf ou aller à la pêche. Il est un signe qui ne trompe pas : les internes ne choisissent plus la chirurgie comme spécialité prioritaire mais la dermatologie ou la biologie.

Au niveau mondial nous avons également de bonnes raisons de nous inquiéter pour notre santé. L’épidémie de SRAS arrivée jusqu’à nous cet hiver a effrayé le monde entier pendant plusieurs mois ; la gestion calamiteuse du phénomène par les autorités chinoises aurait pu avoir des conséquences redoutables si l’OMS n’avait agi à temps auprès de Taïwan.

Plus près de nous, l’histoire de l’épidémie canadienne n’est guère plus rassurante car on voit que même dans un pays dit « développé » il est aussi difficile de maîtriser un problème épidémiologique nouveau et déroutant.

En matière de risque infectieux, le danger est partout. Que celui-ci vienne de virus importé ou de bactéries poly résistantes qui hantent nos structures de soins en donnant des infections nosocomiales, il reste parfois impossible à maîtriser.

Vous le voyez, au total, ce bilan est plutôt alarmiste.

Il est urgent de sensibiliser les politiques pour que les objectifs prioritaires d’une société soient clairement définis, car enfin, qu’y a t-il de plus précieux au monde que notre propre santé et que celle de nos enfants ? Vivre le plus longtemps possible et surtout dans les meilleures conditions possibles, devrait être le souhait le plus cher de chacun d’entre nous. C’est un choix de société qui ne peut être réalisé que s’il est partagé avec le plus grand nombre.

Nous devons chacun à notre niveau mobiliser les opinions dans ce sens. Mais dépêchons-nous, car il est déjà bien tard.

« Nous n’avons que quelques minutes car le plus grand mystère de la vie se trouve dans sa courte durée » ( Billy Graham ).

Jean-Jacques Charbonier

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